Confronter le cancer ensemble

Lorsque  j’étais encore bébé, Michelle, ma sœur aînée, ayant déjà atteint l’âge de 2 ans, a décidé que j’étais ennuyeuse. Elle a alors informé ma mère que cette histoire de bébé était une mauvaise idée. Ma mère était sans doute  légèrement fatiguée au moment des faits, (après tout, elle avait eu deux semaines entières de congé maternité non payé, normal pour l’époque, puis avait dû retourner à l’enseignement à temps plein. Comment cela pouvait-il la fatiguer ?) Et elle a répondu d’une manière légèrement crispée (évidement  j’invente, je n’en ai aucun souvenir, mais j’aime bien me le représenter ainsi): « Eh bien, Michelle, que voudrais-tu que je fasse, que je la jette à la poubelle ? » Ce à quoi ma sœur a répondu, en croisant ses petits bras potelés, et en défiant ma mère du regard : ‘Eh bien, oui, jetons-la.’

Il existe différentes versions de cette histoire, en fonction de qui la raconte, mais, dans la version de Michelle, je suis effectivement  jetée dans la poubelle. Rapidement, ma sœur, vaillante et juste, se transforme en Superman et me sauve. Ma mère prétend qu’elle avait fait semblant d’approcher la poubelle tout en me tenant et que Michelle avait paniqué en la suppliant de changer d’avis.
Peu importe quelle version est exacte, j’ai, en quelque sorte, survécu à une mise aux ordures brutale en 1968, et suis devenue, malgré tout, un enfant normal (Michelle rigole surement en lisant ces lignes.)

Cette aventure a du déclencher une vocation car, depuis, Michelle a sauvé de nombreuses personnes. J’ai un chagrin d’amour: Michelle conduit  huit heures pour être à mes côtés. Accident de voiture de mon frère Billy: Michelle est la première à l’hôpital. Notre petit frère Martin a besoin d’aide dans l’Ouest: Michelle saute dans un avion. Notre mère est opérée : Michelle est là jour et nuit. Je pars m’installer de l’autre côté de l’Atlantique : Michelle continue à débarquer dès que je me marie, ou que j’accouche, ou que mon bébé développe un cancer.
Aïe, c’est comme si on me jetait un verre d’eau froide au visage. Permettez-moi de résumer: Michelle est l’assistante sociale de la famille, essentiellement responsable de toute sorte de crise. Ma famille a régulièrement des crises, donc elle est bien occupée. Peu importe qu’elle ait sa propre famille et un travail … ah ouais, comme un travailleur social.
Billy est du style fort et silencieux. Je ne sais pas pourquoi il a cette réputation parce qu’il n’est pas vraiment si calme. Il m’a surprise en battant mon fils Jesse au bras de fer l’année dernière. Donc, c’est vrai qu’il est fort. Et il était assez silencieux pendant son coma après son accident de voiture, je pense que ça compte aussi.

Martin est le mouton noir de la famille. Mais seulement parce qu’il a les cheveux noirs et bronze mieux que nous tous.

Julie est la Belle Jeune Princesse de la famille et a le droit de faire tout ce qu’elle veut. Elle ne sera sûrement pas d’accord, lorsqu’elle lira ces lignes sur son propre lap top, après avoir regardé la télévision, en mangeant une glace. Demandez à Michelle et à Billy comment ça se passait au moment du dessert chez nous. Allez, demandez-leur.

Vous ai-je régalé avec ces anecdotes familiales? Peut-être était-ce pour vous faire penser à la vôtre….

La famille aide à traverser les crises. Pour beaucoup d’entre nous, les amis et la famille au sens large font partie de cette ‘famille’. Lorsque vous devez vous confronter à un cancer, votre ‘famille’, peu importe sa forme, se resserre autour de vous pour contrer l’ennemi. Ensemble, nous pouvons le faire fuir.

Ma famille est grande. J’ai….euh….quelques cousins. (Allez les cousins, combien sommes-nous en tout? Je n’arrive plus à tous vous compter). Mon père vient d’une famille de 5 enfants et ma mère a 10 frères. Oui, vous avez bien lu. Et puisqu’ils sont tous mariés et presque tous ont des enfants….Disons que je ne me suis jamais sentie seule.

Lorsque ma grand-mère était encore vivante (c’est elle qui a survécu à l’accident avec le camion) nous organisions des grandes réunions familiales à Noël, Thanksgiving, Pâques et parfois même le dimanche, juste pour le plaisir de se voir. Mais nous nous réunissions surtout l’été.

Chez nous, une réunion familiale dure trois jours. Ce sont  des mois de travail et de préparation pour trouver le lieu, le thème, le repas, le vin etc. Pour finaliser la mise en place, la famille doit se réunir plusieurs fois durant les mois précédant l’été. Nous mangeons et buvons tout en parlant de la possibilité d’organiser la réunion à Vancouver, pour une fois, mais, vu qu’aucune personne de Vancouver n’est présente, nous laissons tomber l’idée. (Allez, Onc’ Eugène, tu as certainement un commentaire à faire!). Nous décidons toujours de choisir un lieu où nous pourrons installer des tentes, faire un feu de camp, chanter des chansons jusque tard le soir, et laisser courir les enfants dans la nuit étoilée. Régulièrement, nous nous retrouvons près de Montréal ou Ottawa. Souvent c’est chez mon cousin Louis, qui n’aura jamais le droit de vendre sa maison près de l’eau à Alymer. C’est même écrit dans le règlement familial. (Est-ce- que quelqu’un  le lui a dit?)

Réunion de famille

Cette année, ma famille prépare encore un rassemblement. Je les imagine dans leurs ‘séances de planification’. Ils se disputent et ils rigolent. Les enfants qui, jadis, couraient dans la nuit étoilée ont aujourd’hui leurs propres enfants.

Lorsque je suis venue vivre en Europe, je me suis éloignée de tout ça. Ça me manque. On a besoin de sa famille, surtout pendant une épreuve difficile.

Et pourtant, comme par magie, ma famille m’a soutenue durant toute cette crise du cancer. Des cartes, des cadeaux, des lettres, des emails. Un de mes oncles a eu tellement peur de rater l’anniversaire d’Elliot qu’il a envoyé la carte en priorité, ce qu’il lui a coûté une petite fortune, mais il y tenait. Certaines des épouses de mes cousins me contactent régulièrement,  bien que je ne les ai même pas encore rencontrées. Elliot sait qu’il fait partie de cette grande famille.

N’oublions pas la famille de Martin, qui nous soutient depuis le début, et sur qui je pourrais écrire un article. (Note à moi-même: écrire un blog sur la famille de Martin. Enquêter auprès de sources sûres, telles que sa mère et sa sœur, pour récupérer des anecdotes sur son enfance. Peut-être raconter la fois où il a été attaqué par un singe? Ou lorsqu’il s’est tiré dans l’œil? Il y en a des choses à raconter.)

Le Cancer. C’est nul, ça fait peur et ça nous prive de notre innocence et du temps qu’on pourrait   passer ensemble. Mais ça ne nous définit pas. Confronter le Cancer Ensemble….ça décrit bien notre bataille…

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