Comment bien réussir à s’inquiéter

 

Je pense souvent à la façon dont je m’inquiète. J’ai fréquemment des petits débats avec moi-même au sujet de mes soucis; même que, parfois, les débats se transforment carrément en petites argumentations… Comment oses-tu penser à ça à nouveau?!?! Nous avons passé tout l’après-midi d’hier à régler ce souci! Tu t’en rappelles? On s’est regardées dans le miroir et on a dit qu’on arrêtait, que ce n’était pas la peine! N’as-tu pas écouté?

Le truc, c’est que je peux me soucier de presque tout et n’importe quoi. Il y a une partie de moi, (cet autre moi intérieur), qui soulève des choses inimaginables. Mon mari aime dire que je n’aime pas passer à côté d’un souci potentiel. Il a un peu raison, la part de moi qui aime s’inquiéter ne lâche pas facilement, tel un chien avec un vieil os, tandis que, l’autre part, plus raisonnable, essaie  de récupérer cet os pour le jeter à la poubelle. C’est un combat dangereux.

Il y a quelques mois, j’ai remarqué qu’Elliot transpirait pendant son sommeil. Ses nouvelles mèches de cheveux étaient mouillées et il y avait une tache humide sur l’oreiller.

Panique à bord!

Si vous recherchez sur internet ‘cancer de l’enfant’ et ‘sueurs nocturnes’, vous verrez tout de suite que ces deux sujets sont inexorablement liés, comme le sel et le poivre, comme le beurre d’arachide et la confiture, comme les back flips et Jesse. C’est très clair: les nouvelles sont mauvaises, très mauvaises.

J’ai passé tout le lendemain à m’inquiéter, avec, pour seules distractions, un jeu avec Elliot qui faisait le fou, et la préparation d’un repas, ou d’une collation, car il mange tout le temps. Je suis retournée sur mon ordinateur portable à plusieurs reprises pour rechercher des thèmes similaires: ‘sueur’ et ‘tumeur de Wilms’, ou ‘transpiration’ et ‘récidive du cancer’. Le pronostic était toujours aussi terrible.

Enfin, ce soir-là, j’ai eu le courage (et le temps) d’en parler à mon mari. Sa réponse: ‘Il a toujours été comme ça, non?’

J’y réfléchis.

Oui, effectivement, il me semble qu’il a toujours beaucoup transpiré.

En fait, je me souviens de quelques photos prises lors d’un voyage, quelques années plus tôt, et ses cheveux sont humides.

Alors peut-être? … Juste peut-être … Ce ne serait pas un signe de récidive?

Je commence à ressentir un peu de soulagement. Une petite lumière brille dans mon tunnel sombre.

Pendant environ une heure l’inquiétude s’apaise. Puis …

‘Mais attends!’ crie l’autre moi dans ma tête.

‘Quoi?’ Je réponds prudemment, ne sachant pas si je veux entendre la suite.

‘Bien sûr, il a toujours été comme ça, mais il a toujours eu le cancer!’

‘Attends une minute.’ Je réponds, en essayant d’apaiser la crainte grandissante. ‘ Il n’a pas toujours eu le cancer. Nous ne savons pas depuis combien de temps il était là, avant qu’il ne soit découvert. ‘

‘C’est vrai’, dit la voix, en me glaçant le sang ‘TU N’EN SAIS RIEN!’

Je retourne donc sur internet, et je lance des recherches pour essayer de déterminer combien de temps le cancer était là avant qu’il ne soit diagnostiqué, mais je ne trouve aucune réponse définitive. En fait, je découvre que tout est possible; le cancer aurait pu commencer deux mois avant le diagnostic, tout comme il aurait pu déjà être là lors de mon premier rendez-vous avec mon mari.
Pour l’autre moi qui s’inquiète, cela signifie que je dois continuer à m’inquiéter. Je pourrai arrêter de m’inquiéter seulement lorsque j’aurais trouvé la réponse.

Puis arrive un état d’épuisement, ce qui m’aide à arrêter de cogiter.
Le lendemain, au travail, mes soucis sont de retour, en pleine forme.

Je discute avec une amie dans la salle de pause. Elle me connaît assez bien pour savoir quand je ne vais pas bien. Alors, elle me demande ce qui se passe. Et je lui raconte tout. Tout ce qui concerne le Terrible Syndrome de la Transpiration Nocturne.

Elle ne cligne même pas des yeux. ‘Nicole.’ Me dit-elle, en indiquant la fenêtre par laquelle on voit un soleil éblouissant ‘Il fait 36 degrés dehors. Bien sûr qu’il transpire. Nous transpirons tous’. Elle sourit gentiment, mais elle sait que je suis un peu folle. (C’est la beauté de mes amitiés, elles m’aiment malgré tout.)

Je la regarde fixement pendant un moment, l’autre moi, la folle, essayant de trouver un contre-argument plausible.

‘Mais il ne transpirait pas comme ça lorsqu’il faisait sa chimio.’

‘C’était l’hiver.’

‘Ouais, je suppose que tu as raison …’ L’inquiète en moi n’est pas convaincue, mais est à court d’arguments. Mon côté fort, courageux ,et sûr de moi commence à reprendre le dessus.

‘Bien sûr, tu as raison. A quoi pouvais-je penser? ‘Je lui réponds, le soulagement revenant en moi comme la lumière dans mon tunnel sombre de désespoir. (C’est un peu comme un carrousel.)

Maintenant, je me sens bête. Ca fait quand même deux jours que je suis plongée dans ce souci!

‘En plus’  j’ajoute, ‘il mange bien, a des tonnes d’énergie et il aime l’école … ‘ Mon amie sourit, elle a gagné cette bataille.

Je repense à Elliot à l’école. Puis la pensée grandit. Juste une lueur, dans un premier temps, qui fait son chemin dans mon esprit … L’autre jour, à l’école, je le regardais courir pendant la récréation et j’ai remarqué qu’il ne court pas aussi vite que les autres enfants !

Panique à bord!

J’en parle, comme par hasard, à mon amie.

‘Il est resté inactif pendant un an.’ dit-elle. ‘et n’as-tu pas dit que l’un des médicaments de chimiothérapie pourrait affecter ses nerfs et ses réflexes, et qu’il faudrait du temps pour récupérer?’

Je l’écoute, mais l’autre moi a hâte de retourner sur internet pour rechercher  ‘récidive du cancer’ et ‘vitesse de course’… Ou peut-être ‘ tumeur de Wilms’ et ‘à-quelle-vitesse-courent-les-enfants-normaux’ ….ou peut-être … …

Alors, voilà. J’ai décidé de mettre un terme une fois pour toutes à ces inquiétudes paralysantes. J’ai trouvé une stratégie.

Le concept de base est le suivant: quand je m’inquiète, je vais classer mes soucis dans l’une des deux catégories suivantes: constructives ou non constructives. La catégorie ‘constructive’ comprend les soucis qui peuvent réellement conduire à une sorte d’action: par exemple, je suis au volant et j’ai peur de manquer d’essence, parce que le voyant clignote, donc je me rends à une station d’essence. (Ce qui, soit dit en passant, m’arrive rarement, vu que Martin contrôle si bien la situation que nos voitures sont rarement en dessous du ¼. N’est-il pas extra? Ou peut-être qu’il sait que je n’ai bizarrement pas peur de tenter ma chance vu que ‘c’est en descente la plupart du temps’?)

La catégorie des soucis non-constructifs comprendrait des situations impossibles à résoudre ; le genre de situation qui entretient mon désir d’analyser, d’étudier et de méditer, sans qu’aucune solution ou action soit possible. Par exemple, lorsque je considère la possibilité que l’équipe d’oncologues et de spécialistes qui supervisent le cas d’Elliot pourrait, au cours de leurs réunions hebdomadaires, rire et jeter les dés pour déterminer quelle chimio donner à Elliot cette semaine. Il est, après tout, inutile, de me soucier de savoir si le dernier oncologue que nous avons vu, qui a plus de 30 ans d’expérience dans ce domaine, n’a peut-être pas toutes les informations sur le cas d’Elliot que j’ai pu trouver sur internet. A un moment donné je dois décider de faire confiance à ces gars. Et leur confier la vie de mon petit garçon.

Voilà donc ma stratégie anti-soucis. Je vous tiendrai au courant de la suite. Peut-être devrai-je également m’interdire toute recherche internet, tel un casino qui interdit les joueurs compulsifs?

 

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3 réflexions au sujet de « Comment bien réussir à s’inquiéter »

  1. Bonne idée l’interdiction de recherche sur internet !!! moi je fais plus ça ne sert à rien … et sinon votre marathon ?? quel résultat ?? avez-vous transpirez, êtes-vous arrivez à la ligne d’arrivée ?? on aimerais avoir vos impressions …
    Milles bises à vous

    • Bonjour Stéphanie! Merci des messages! Comment va Louna? Et vous?

      Alors pour la course, j’ai réussi à finir malgré la pluie, la boue et un gros rhume!! Et j’avais des courbatures pendant quelques jours après! J’étais 15ème sur 39 dans ma catégorie, ce qui pour moi, est tres bien!! Avec tout les sponsors que j’ai eu j’ai fait 3147 francs suisse pour donner à la fondation de recherche sur le cancer des enfants… Donc je suis pas mal heureuse!

      Bises à toute la famille.

      Nicole

      • ça roule pour nous merci
        WWaaahhhhooouuuu vous avez fait un bon score vous deviez être super fière !!! vous avez mis votre pierre à l’édifice … c’est super ce que vous avez récolté pour la fondation je ne me rendais pas compte de la somme donc j’ai convertit en € ce qui fait 2613 € !!

        Milles bises à vous tous

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