Comment ne pas pleurer

Oui, j’ai parlé à son enterrement. J’ai écrit un texte que j’ai dit et redit à la maison et ensuite je l’ai lu, devant les centaines de personnes, à la cérémonie. J’ai détourné les yeux des personnes assises dans l’église devant moi, puis je me suis concentrée sur sa photo. Je lui parlais à elle , après tout , c’est pourquoi j’ai parlé directement à l’énorme image avec son petit visage souriant  sur l’autel , à côté des fleurs et des ours en peluche, des ballons et des jouets autour de la boîte en bois contenant ses cendres.

Je n’ai pas pleuré. Pas même un peu.

Et les gens disaient que j’étais forte. Certaines personnes ont laissé entendre qu’il y avait quelque chose d’anormal en moi. Un manque d’émotions ? Mon mari trouverait cela assez drôle. Chez nous, Martin doit toujours pré visualiser les films et émissions de télévision avant que je les regarde, au cas où ils étaient trop tristes et pénibles. Il me dit souvent  » Oh, j’ai trouvé une super nouvelle émission, mais ce n’est pas pour toi.  » En fait nous avons un système idéal de partage des tâches dans notre maison. En plus de vérifier si les films et émissions de télévision sont « à l’épreuve de Nicole », Martin fait également toutes les courses, met l’essence dans nos deux voitures, est en charge de l’approvisionnement en vin (c’est important, ça !), et a développé un système complexe pour mettre en ordre tous nos  documents afin de réduire la paperasserie inutile … (hé, attendez une minute, ce sont quoi tous ces papiers empilés autour de son ordinateur là-bas?) Moi, je prépare les repas avec la nourriture qu’il achète, je conduis ma voiture jusqu’à ce qu’elle avance que grâce à la fumée d’essence restante, je bois le vin, et j’ouvre le courrier. Cela semble assez juste, non?

Le fait est, je ne suis pas du tout une personne qui manque d’émotions. A l’intérieur, mes larmes coulaient comme les chutes du Niagara le jour de l’enterrement. Mais je les ai gardées à l’intérieur exprès, pas par un manque de sentiment.

Non, c’est juste que je n’étais pas là pour moi. J’étais là pour soutenir sa famille, et, dans ce rôle, la meilleure chose que je pouvais faire pour eux était d’être forte et retenir mes larmes.  Je devais donc m’assurer de ne pas pleurer. Comment ? C’est compliqué. Un équilibre délicat entre la concentration extrême sur ce que je faisais tout en évitant en même temps d’y penser. Vous avez peut-être remarqué que je n’étais pas vraiment très sociale ce jour-là, c’est parce que mon cerveau était trop occupé à faire des pirouettes… Parler aurait très probablement déstabilisé cet équilibre fragile.

Maintenant, le temps a passé. Je suis allée au cimetière quelques fois. J’ai ré-allumé les bougies et balayé la neige qui couvrait les ours en peluche, et je suis restée là un moment, à regarder le sol. Elle n’est pas vraiment là. Je ne sens pas sa présence, pas comme quand je suis au volant de ma voiture et j’entends une des chansons qu’elle aimait tant, là je la sens. Mais pas tellement au cimetière. La tombe c’est un lieu sur cette terre pour une personne qui n’est plus sur cette terre. La tombe c’est pour nous. Alors j’essaie de la rendre jolie. Mais je ne pense pas que Zoé resterait très longtemps par-là, de toute façon, il n’y a pas assez de jouets. L’autre jour, il y avait de la belle neige qui recouvrait tout, elle aurait aimé ça, je pense, Zoé. Je parie qu’elle aurait ri comme une folle et qu’elle aurait couru et dansé partout dans la neige, et qu’elle se serait couverte de flocons blancs sans se soucier de quoi que ce soit.

J’avais oublié mes gants ce jour-là et j’ai donc balayé la neige pour l’enlever des peluches et des fleurs avec mes mains, et je n’ai pas senti que mes doigts gelaient. Je n’ai pas remarqué que mes mains faisaient mal jusqu’à ce que je me retrouve dans la voiture, plus tard, et qu’ils ont commencé à dégeler. Alors peut-être je ne suis pas sans émotion, mais juste engourdie ?

Non, ce n’est pas ça. C’est juste que je ne montre pas mes émotions. En fait, je sens une immense tristesse et beaucoup de colère à la pensée que Zoé soit morte. Oui, là, je l’ai dit. Je sais que nous sommes censés dire des choses comme Zoé est  « partie » ou  » disparue  » ou « est allée dans un meilleur endroit. “ Ça semble moins dur, moins bouleversant, de ne pas utiliser le mot « morte » peut-être? Mais c’est ce qui s’est passé. Elle est morte et c’est totalement, complètement injuste et ça fait mal. Mais ce n’est qu’un mot. Qu’on dise « partie » ou « morte », il s’agit de la même chose. Elle est morte et nous ne le sommes pas, donc nous restons ici avec ses peluches et ses jouets. Et elle, elle est ailleurs, et je parie qu’elle s’amuse probablement beaucoup là où elle est. Parce qu’elle n’était tout simplement pas le genre de personne qui s’arrêterait de s’amuser pour s’inquiéter de la différence entre les mots  » mort  » et « parti  » ou qui prendrait le temps d’évaluer s’il faut pleurer aux enterrements ou pas. Je parie que si Zoé avait survécu, elle serait devenue cette sorte d’adulte qui oublie toujours de mettre de l’essence dans sa voiture et qui conduit juste grâce à la fumée d’essence restante, parce qu’elle aurait eu trop d’autres choses amusantes à faire. Et peut-être que c’est pour ça que c’est tellement dur, parce que nous n’aurons pas la chance de partager ces moments avec elle. J’aurais tellement aimé avoir  la chance de me retrouver coincée au bord de la route à cause d’une panne d’essence avec Zoé-adulte.

Mais je pense quand même qu’il doit y avoir une leçon à tirer de tout cela (à part  la pensée soudaine qui m’envahit quand j’ai écrit cette dernière phrase, que peut-être certaines personnes sont nées sans la capacité de remarquer le niveau d’essence de la voiture , ce qui signifie que les pannes d’essence ne sont en fait pas de ma faute , mais causées par une véritable prédisposition génétique ) .

Vous pourriez dire que la leçon à tirer est de vivre dans le moment présent et apprécier tout le temps que vous avez ensemble parce que vous ne savez jamais quand il pourrait finir. Et ce serait vrai. Mais j’ai essayé de vivre comme ça, et il faut une énorme quantité d’énergie pour vivre toujours dans le moment présent. Et il n’est simplement pas toujours possible de ne penser qu’au moment actuel, parce que parfois vous avez besoin de planifier votre l’avenir. Par exemple, chez nous, si je ne pensais plus du tout à l’avenir et je choisissais de ne vivre que dans le moment actuel, nous aurions souvent besoin de manger de la viande crue. La plupart des enfants chez moi porteraient des vêtements qui sont sales et plusieurs tailles trop petites. Mes grands garçons porteraient des chaussures qui ont des trous à l’avant pour que leurs orteils puissent dépasser. Je ne serais pas en mesure de voir mon mari à son ordinateur, derrière les piles de papier et les choses qui l’entourent. (Hé, attendez une minute … c’est déjà comme ça !) Et bien sûr, si je ne pensais jamais à l’avenir je serais probablement assise ici, enceinte de mon 25ième enfant. (Oh j’ai presque eu une petite crise cardiaque rien qu’à cette pensée.)

Donc non, je ne peux pas vivre tout le temps dans le moment actuel. Et malgré le fait que  j’apprécie le temps que je passe avec les personnes que j’aime,  parfois j’aime  également être seule.

Alors, c’est quoi la leçon ? Zoé, tu m’entends là ?? Un conseil? (Je sais que c’est une chose ironique à écrire parce que  Zoé ne savait pas encore lire, et que j’ai eu cette pensée en anglais, langage qu’elle ne parlait pas. Mais j’aime à penser que quand elle a quitté son corps, elle est devenue une intellectuelle polyglotte, qui lit et comprends plusieurs langues.  Pourtant je pense toujours qu’elle est à court d’essence dans sa voiture là-bas. Certaines choses ne peuvent pas changer. )

Ah, la réponse m’est apparue. Une pensée envoyée « d’en haut  » ou tout simplement la réponse logique à ma question ? Qui sait.

Le « fun ». Zoé a toujours choisi de s’amuser avant toute autre chose. C’est ça la leçon.

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On dit que la vie n’est pas mesurée par le nombre de respirations que vous prenez, mais par le nombre de moments qui vous couperont le souffle. Alors, peut-être, je n’aurai pas la chance de me promener avec Zoé dans une voiture sans essence (pourquoi ai-je cette image de  Thelma et Louise dans cette description ?) Mais je me suis quand même amusée avec elle, je suis même fière de dire qu’une fois elle a insisté pour venir chez moi pendant que sa mère avait un rendez-vous. Et nous nous sommes bien amusées.

A la fin, on regrettera probablement que les choses que l’on n’a pas faites, et non pas les choses qu’on a fait. Donc, tant que nous sommes encore ici, vivons comme Zoé,  et choisissons de nous amuser.

Quand je serai partie, j’espère que quelqu’un viendra sur  ma tombe et s’en occupera. Mais je ne serai pas là. Pas assez de jouets.

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Les souvenirs du passé, les pensées vers l’avenir

Vous ne pouvez pas imaginer la force que vous avez en vous tant que cette dernière est le seul choix qui vous reste

Vous ne pouvez pas imaginer la force que vous avez en vous tant que cette dernière n’est pas le seul choix qui vous reste.

Parfois, surtout en fin de soirée, comme en ce moment, le calme de notre maison me ramène à la tranquillité de l’hôpital, tard dans la nuit. J’ai l’impression d’entendre encore l’écho de mes pas, quand j’arpentais les couloirs, d’un bout à l’autre, en essayant de m’éloigner de la peur.

Les nuits où Elliot était aux soins intensifs étaient les plus longues. Il n’y a pas de petit lit pour les parents, juste une chaise à côté du lit, et un rideau qui vous sépare d’un autre enfant. Nous avons découvert seulement plus tard que sa péridurale avait été mal placée, provoquant beaucoup de douleur, et les infirmières faisaient ce qu’elles pouvaient avec des injections de morphine et autres analgésiques. Martin et moi avons su tout de suite que nous ne le laisserions pas seul, même pas pour une minute. Nous ne pouvions pas contrôler le fait qu’il avait un cancer, mais on pouvait s’assurer qu’il ne se réveille pas seul dans la douleur. Donc, nous avions divisé les nuits en quarts, et on se relayait pour pouvoir dormir trois heures dans une petite chambre dans la résidence estudiantine tout près de l’hôpital.

Ces nuits étaient parmi les plus difficiles. Les journées aussi. La fatigue, l’anxiété, la peur, douloureusement présentes tout le temps, tout le temps.

Certaines choses ont mal tourné. En raison de l’aiguille épidurale mal insérée, Elliot a fait une réaction neurologique à la lidocaïne, qui a été transmise par ses nerfs au cerveau ; il a convulsé et ses pupilles dilatées avaient des tailles différentes. Les médecins ne soupçonnaient pas la péridurale et nous ont dit que c’était probablement une tumeur au cerveau et ont prévu une IRM d’urgence. Ai-je mentionné qu’il y avait eu des mauvais jours?

Les infirmières ont décidé que la péridurale ne l’aidait pas dans la gestion de la douleur, et l’ont alors enlevée. Ses yeux sont revenus à la normale et les médecins se sont réunis en un demi-cercle autour de son lit pour décider que ça ne devait pas être une tumeur au cerveau, après tout. IRM annulé et ils sont partis. Et nous sommes restés là, tremblant de soulagement, de peur, avec un sentiment  « Que s’est-il passé ? »  Tandis que les médecins travaillent déjà sur le cas suivant.

Toute la journée, nous sommes restés assis à côté de son lit, sur le qui-vive au cas où il se réveille dans la douleur, prêts à bondir sur le petit bouton pour appeler l’infirmière. Toute la nuit, on se retournait dans le lit du dortoir des étudiants, ou assis dans l’unité sombre des soins intensifs, à côté de son lit, grelottant, avec une grosse couverture enroulée autour des jambes, une autre autour du corps, tout en regardant les petites lumières rouges qui clignotaient, signifiant que tout allait bien.

Et lorsque nous étions les deux sur place et qu’un de nous avait besoin de se dégourdir les jambes, ou au « changement d’équipe » au milieu de la nuit, avait alors lieu la longue marche lente dans les couloirs calmes.

Lors de mauvaises nouvelles, l’infirmière me faisait sortir de la salle pour me consoler, pour éviter que mon fils ne me voie pleurer. Lors de bonnes nouvelles, je sortais dans le couloir avec l’impression que je pouvais voler, et je tombais sur une autre mère qui pleurait et l’infirmière qui la consolait.

C’est un sentiment étrange d’être assise ici ce soir, dans mon salon tranquille, tout en sachant qu’il y a un enfant dans le lit, là-bas, et qu’il y a une mère qui arpente le couloir en ce moment. Et moi je suis assise à la maison.

Combien d’autres mamans ai-je rencontré depuis le début de cette aventure? Combien d’autres enfants? Je ne sais pas exactement,  mais des amitiés très fortes sont nées de ces péripéties. C’est étrange de se réjouir de ces amitiés qui ont été révélées par une expérience que je ne souhaiterais à personne. J’ai eu des grands moments de rire avec les mamans cancer, gloussant comme des adolescentes en se racontant quelques-unes de nos aventures étranges ou ridicules à l’hôpital ; j’ai pleuré avec ces mêmes mamans.

Curieusement, un des moments les plus effrayants pour moi concernait l’enfant d’une autre maman. J’étais partie avec des amies ‘non-cancéreuses’ à Prague, pour faire du shopping la journée et aller à un concert le soir. J’étais tellement contente de partir, mon premier voyage depuis plus d’un an. Mais l’anxiété me rongeait et je n’avais pas l’impression ‘d’appartenir’ à ce monde. J’avais changé mais le monde n’avait pas changé. J’avais moins de plaisir à acheter des vêtements et des cadeaux; j’avais du mal à lâcher mon angoisse. Mes soucis s’accrochaient à moi comme une couverture lourde enroulée autour de mes épaules, me tirant vers le bas, rendant chaque pas laborieux. Mes deux amies, qui étaient venues du Canada pour me rejoindre, le ressentaient surement, elles me connaissent depuis quelques décennies.

Soudain, un sms d’une maman que je connais et qui est à l’hôpital avec sa fille de 4 ans pour un contrôle. Le message est bref. ‘Il y a un gros point qui brille sur l’image. Ca ne peut être qu’une rechute. ‘

Je suis restée là, debout dans l’air froid de Prague qui passait sous mon manteau me glaçant la colonne, à lire et relire le message.

Pendant quelques secondes, je n’ai rien senti, juste une étrange douleur aiguë dans mon estomac. Aucune émotion. Il n’y avait aucune raison que cette petite fille rechute maintenant. Le traitement avait bien marché.  Il n’y avait aucun signe, aucun symptôme. Un peu comme … Elliot, lorsque nous avons découvert son cancer. Aucun symptôme. Un enfant parfaitement sain, qui courrait partout et, tout à coup, on vous dit qu’il est mourant.

J’ai commencé à taper un message pour lui répondre.

Je n’arrive pas à y croire …’ Non, ça ne va pas! Supprimé.

Tu es sûre ?….’.Non. Supprimé. La douleur dans mon estomac s’aggrave. Je serre mon téléphone dans la main, les doigts glacés.

Que disent les médecins?’ Question stupide. Supprimé.

Je ne sais pas comment répondre. Et la raison est que, quoique j’écrive, ça ne changera rien.

Finalement j’écris: ‘Je suis là. Je pleure.’ Je sais que ça n’aide pas du tout. Et puis les larmes coulent, pas seulement pour cette petite fille et sa mère, mais pour tous les enfants, pour les miens, et puis pour moi, qui ne méritait pas d’avoir à s’inquiéter pour son enfant, qui aurait dû simplement pouvoir profiter du voyage à Prague.

Bien sûr, mes amies ont fait exactement ce que les amies doivent faire dans des situations de ce genre ; elles m’ont pris dans leurs bras, on a bu un coup et mangé des desserts. (petite parenthèse : c’est très cool de regarder le barman préparer l’absinthe lorsqu’il fait bruler le sucre sur une cuillère spéciale mais le goût est affreux. Malgré notre désespoir, nous avons rapidement quitté cet endroit pour un restaurant plus sophistiqué servant du vin et des desserts décadents tchèques).

Mes amies, désireuses de me remonter le moral, se sont concertées et ont décidé que j’étais probablement trop immergée dans le monde du cancer. Je me noyais ; mes soucis pour les autres enfants m’empêchaient de voir que le mien allait mieux. Nous avons décidé qu’il fallait que je pense à autre chose. Que je trouve des passe-temps. Que je m’inscrive à un cours. J’étais d’accord ; je commençais presque à être gênée par ma crise de larmes. J’avais juste besoin de m’éloigner du monde du cancer.

Mais au lieu de me sentir mieux, j’ai commencé à ressentir de la colère. Le vin et le dessert avaient calmé la colère pendant un moment, mais elle a réussi à s’infiltrer au milieu de la nuit. Je l’ai cachée une bonne partie de la journée suivante, car nous prenions l’avion pour rentrer, et qu’il est assez facile de dissimuler la colère lorsque vous êtes à l’aéroport et que votre vol est en retard ; tout le monde est en colère de toute façon.

Finalement, à mi-chemin pendant le vol, j’ai enfin réussi à m’avouer que je n’avais pas l’intention de me concentrer sur autre chose. J’étais en colère contre cette rechute. Ça n’avait pas de sens. C’était illogique (comme le cancer, bien sûr), mais les choses illogiques m’énervent. La mère de la jeune fille m’avait envoyé plusieurs sms et, apparemment, les médecins étaient perplexes. Tous les autres tests étaient bons ; il n’y avait qu’une image qui montrait une rechute. Ce cancer n’était (et est toujours) qu’une grosse brute, essayant de nous faire fléchir de peur. Eh bien, NON, je me suis dit. Je ne me cacherai plus, je ne vais plus faire semblant que cela ne pourrait pas m’arriver. Ça pourrait.

Oui, la chose la plus logique serait de me protéger, de me distancer de tout désagrément. La vérité, c’est que je le fais souvent. Je ne peux pas regarder des films ou émissions de télévision où les enfants se blessent ou meurent. J’ai arrêté de lire le journal, car il y a toujours une horrible tragédie impliquant des enfants. Il est plus facile d’éviter ces choses désagréables, n’est-ce pas?

Mais je ne peux pas abandonner une amie. Jamais. Et si c’était moi, si un jour il arrivait quelque chose à Elliot, je ne voudrais pas que mes amies du cancer s’enfuient et se cachent. Je voudrais qu’elles unissent leurs forces pour me soutenir, peu importe. D’être là, de se joindre à la lutte, se tenir la main si les choses tournent mal. Pour être forte quand je ne peux pas.

Et curieusement, une fois avoir pris cette décision, l’angoisse lancinante que j’avais ressentie, même avant le voyage à Prague, est partie. Oui, de mauvaises choses arrivent. Elles arrivent même lorsqu’elles ne devraient pas, et, parfois, l’injustice est si amère que vous en avez le goût dans la bouche. Mais il nous arrive souvent de bonnes choses. En pleine lutte pour la vie de votre enfant, vous vous faites un nouvel ami. Pendant cette période, qui devrait être l’une des plus sombres de votre vie, vous riez à gorge déployée pour une raison stupide. C’est parfois dans les moments difficiles que l’on découvre sa force.

Donc voilà ! Je ne vais pas quitter le monde du cancer. J’ai commencé un passe-temps, sans aucun rapport avec le cancer (je prends des cours de piano! Agh! Ma prof de piano m’avait dit que, comme j’avais joué du piano étant petite, ça allait m’aider ….. C’était avant de m’avoir entendu jouer le morceau que j’avais travaillé toute la semaine … Elle sourit beaucoup, un peu comme quand vos chaussures sont trop serrées.)

Non, au contraire, je vais m’endurcir. Je vais faire face au fait que les drames arrivent. Je peux essayer d’aider, d’espérer un miracle pour chaque personne que je rencontre le long de mon chemin. Je peux être là, et j’ose espérer que quelqu’un sera là pour moi de la même façon, si j’en ai besoin. Je peux rester aux côtés de mon amie et tout affronter. Je peux rechercher des options de traitement, si ça peut aider, tout en restant calme et logique, car c’est plus facile d’avoir les idées claires lorsque ce n’est pas votre enfant.  Je peux ressentir toute la douleur et la peur, mais je peux aussi continuer à répéter le fait le plus important : ‘les médecins ont dit qu’il ne vont pas baisser les bras. Ils veulent la guérir’.

Et la colère? Je l’ai canalisée. Je me souviens avoir lu que la colère est la meilleure émotion pour vous faire réagir. La colère motive. La colère donne de l’énergie. Donc, je suis en colère contre le cancer, et j’ai décidé d’arrêter le cancer. Ouais, c’est vrai. Vous savez, quand je prends une décision je peux être assez têtue. Il y a quelques pistes que je pourrais suivre: je pourrais quitter mon travail et retourner étudier pour devenir chercheur en médecine et trouver un remède pour les cancers pédiatriques. Ceci a l’inconvénient certain de a) prendre beaucoup trop de temps b) exiger que j’étudie et c) la perte de mon salaire. Sans parler du fait que je veux faire quelque chose TOUT DE SUITE. (Ai-je mentionné que je n’ai aucune patience?) Donc, une autre possibilité serait de trouver des gens qui ont déjà étudié et fait tous ces trucs ennuyeux et les soutenir pendant qu’ils cherchent le remède pour les cancers pédiatriques.

Donc, si vous vous demandiez pourquoi je suis impliquée dans la collecte de fonds, maintenant vous le savez: c’est parce que je suis trop paresseuse pour étudier. Ouais, je suis souvent plongée dans le monde du cancer (à l’exception de mes moments de virtuosité au piano), mais c’est un choix conscient.

Être forte tout le temps lorsque vous êtes seul est impossible. Mais si chacun d’entre nous, les mamans du cancer, les papas du cancer et les amis du cancer, se tiennent les coudes, l’union de notre force sera suffisante.

Conseils pour les mamans-cancer novices

Si seulement quelqu’un avait été là au début pour vous donner des conseils sur ce qui IMG_2479allait vous arriver, sur ce qu’il fallait faire. À quoi fallait-il s’attendre? Un mode d’emploi: ‘à quoi s’attendre quand vous entrez dans le monde du cancer de l’enfant’? Eh bien, voici ma liste de perles de sagesse. Merci à tous mes amies du cancer de bien vouloir ajouter à cette liste leurs idées et de partager leur expérience pour aider les débutantes qui entrent dans ce monde … S’il vous plaît, ajoutez vos commentaires à la fin.

1. Tout d’abord, pleurez. Puis relevez-vous et soyez forte. Vous aurez peut-être besoin d’être forte rien que pour passer la journée. Vous n’avez pas le choix. Apprenez à développer votre nouvel objectif de vie: combattante du cancer.

2. Acceptez l’aide qu’on vous propose (si ça aide vraiment). L’aide doit être sans attaches ni culpabilité.

3. N’hésitez pas à parler. Posez des questions. Si vous ne comprenez pas, demandez à nouveau. N’ayez pas peur des médecins, des infirmières, des techniciens, des anesthésistes ou des clowns dans les hôpitaux. Ils sont là pour essayer de guérir ce cancer. Vous méritez de savoir ce qui se passe et d’avoir un rôle actif.

4. Obtenez des copies de tous les documents. Chaque scanner, chaque résultat, chaque protocole. Notez tout ce que dit votre médecin.

5. Pleurez encore. Puis relevez-vous et retrouvez votre force. Et remettez-vous au travail : combattante de cancer.

6. Pas tout le monde est comme moi, mais j’avais besoin de tout comprendre sur le cancer de mon enfant. Je voulais connaître le plan de traitement dans le moindre détail, les noms des médicaments et les effets secondaires.

7. Acceptez votre emploi du temps devenu totalement imprévisible. C’est l’une des choses les plus difficiles à gérer dans un premier temps. Votre programme va changer. Beaucoup. Les dates de traitement vont changer. Vos autres rendez-vous devront s’adapter. Très peu de choses resteront prévisibles comme auparavant. Il faut suivre le mouvement. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, je sais, mais ce que je veux dire, c’est que vous n’avez pas le choix. Il faut oublier de vouloir contrôler le programme.

8. Auscultez votre vie et faites le tri de tout ce qui est négatif et qui vous traîne vers le bas: les personnes négatives, les situations négatives, les habitudes négatives. Vous n’aurez plus le temps pour tout ça.

9. Remplacer ces négatifs par des positifs. Encouragez les amitiés positives, entourez-vous de personnes qui vous remontent et qui vous font profiter des bons côtés de la vie. Participez à des activités réjouissantes ; ça peut aller d’une conversation téléphonique avec un ami ou une soirée-filles,  à un dîner romantique pour deux.

10. Apprenez à faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Pour de vrai. Voici un exemple.

Avant tout ça: il pleut, vous courez pour prendre le bus, vous le ratez et vous arrivez en retard au travail avec une coupe de cheveux  catastrophique.

Et maintenant: il pleut, vous allez à l’hôpital pour un scanner qui vous dira si le traitement est efficace ou non. Le dernier compte de globules blancs était très bas. Il y a 20 pas entre le parking et la porte de l’hôpital et vous avez oublié votre parapluie. Les cheveux ne posent pas de problème, car il n’y en a pas. Un homme vous propose de marcher sous son parapluie. Ça c’est important.

11. Vous l’avez deviné : pleurez. Vous avez le droit, et, si vous essayez de vous retenir, ça sortira tel un volcan en éruption quand vous ne vous y attendez pas. Puis, relevez-vous,  retrouvez votre force….vous connaissez la routine.

12. Pendant les moments les plus durs du traitement, vivez un jour à la fois. Ce qui veut dire qu’il faut se concentrer uniquement sur ce qui se passe aujourd’hui. Vivez-le même une heure à la fois si nécessaire. Ne prévoyez pas trop pour vendredi prochain avant d’avoir fini de gérer aujourd’hui.

13. Faites une liste, très, très courte de priorités. Quelque chose comme : le repos, l’alimentation, la famille puis le travail (oui, vous avez encore besoin de stabilité financière, surtout maintenant. Mais le travail viendra après la santé, pendant un bon moment, et à juste titre.)

14. Une fois que vous aurez un peu de temps et de l’énergie, choisissez au moins une activité régulière qui n’a rien à voir avec le cancer. Vous ne pouvez pas vivre dans ce monde tout le temps. Je ne veux pas dire qu’il faut vous lancer dans des cours hebdomadaires de Tae Kwon Do ou de norvégien, mais juste faire quelque chose, régulièrement, qui n’a rien à voir avec le cancer.

15. Ne vous attardez pas trop sur la façon dont les gens (les amis et la famille en particulier) se comportent. Vous serez surpris de voir qui reste à vos côtés et qui n’est plus là. Certaines personnes seront là pour vous épauler alors que vous ne vous y attendiez pas. D’autres vont disparaître, ce qui vous surprendra, et vous attristera. Ne leur en voulez pas trop. Les gens réagissent tous différemment face aux événements difficiles de la vie.

16. Fêtez chaque victoire.

17. Cette fois, au lieu de pleurer, riez. Riez et riez jusqu’à en pleurer. De préférence en bonne compagnie ,vu que vous avez appris à vous entourer de gens positifs. Puis, relevez-vous, retrouvez votre force…

Comment bien réussir à s’inquiéter

 

Je pense souvent à la façon dont je m’inquiète. J’ai fréquemment des petits débats avec moi-même au sujet de mes soucis; même que, parfois, les débats se transforment carrément en petites argumentations… Comment oses-tu penser à ça à nouveau?!?! Nous avons passé tout l’après-midi d’hier à régler ce souci! Tu t’en rappelles? On s’est regardées dans le miroir et on a dit qu’on arrêtait, que ce n’était pas la peine! N’as-tu pas écouté?

Le truc, c’est que je peux me soucier de presque tout et n’importe quoi. Il y a une partie de moi, (cet autre moi intérieur), qui soulève des choses inimaginables. Mon mari aime dire que je n’aime pas passer à côté d’un souci potentiel. Il a un peu raison, la part de moi qui aime s’inquiéter ne lâche pas facilement, tel un chien avec un vieil os, tandis que, l’autre part, plus raisonnable, essaie  de récupérer cet os pour le jeter à la poubelle. C’est un combat dangereux.

Il y a quelques mois, j’ai remarqué qu’Elliot transpirait pendant son sommeil. Ses nouvelles mèches de cheveux étaient mouillées et il y avait une tache humide sur l’oreiller.

Panique à bord!

Si vous recherchez sur internet ‘cancer de l’enfant’ et ‘sueurs nocturnes’, vous verrez tout de suite que ces deux sujets sont inexorablement liés, comme le sel et le poivre, comme le beurre d’arachide et la confiture, comme les back flips et Jesse. C’est très clair: les nouvelles sont mauvaises, très mauvaises.

J’ai passé tout le lendemain à m’inquiéter, avec, pour seules distractions, un jeu avec Elliot qui faisait le fou, et la préparation d’un repas, ou d’une collation, car il mange tout le temps. Je suis retournée sur mon ordinateur portable à plusieurs reprises pour rechercher des thèmes similaires: ‘sueur’ et ‘tumeur de Wilms’, ou ‘transpiration’ et ‘récidive du cancer’. Le pronostic était toujours aussi terrible.

Enfin, ce soir-là, j’ai eu le courage (et le temps) d’en parler à mon mari. Sa réponse: ‘Il a toujours été comme ça, non?’

J’y réfléchis.

Oui, effectivement, il me semble qu’il a toujours beaucoup transpiré.

En fait, je me souviens de quelques photos prises lors d’un voyage, quelques années plus tôt, et ses cheveux sont humides.

Alors peut-être? … Juste peut-être … Ce ne serait pas un signe de récidive?

Je commence à ressentir un peu de soulagement. Une petite lumière brille dans mon tunnel sombre.

Pendant environ une heure l’inquiétude s’apaise. Puis …

‘Mais attends!’ crie l’autre moi dans ma tête.

‘Quoi?’ Je réponds prudemment, ne sachant pas si je veux entendre la suite.

‘Bien sûr, il a toujours été comme ça, mais il a toujours eu le cancer!’

‘Attends une minute.’ Je réponds, en essayant d’apaiser la crainte grandissante. ‘ Il n’a pas toujours eu le cancer. Nous ne savons pas depuis combien de temps il était là, avant qu’il ne soit découvert. ‘

‘C’est vrai’, dit la voix, en me glaçant le sang ‘TU N’EN SAIS RIEN!’

Je retourne donc sur internet, et je lance des recherches pour essayer de déterminer combien de temps le cancer était là avant qu’il ne soit diagnostiqué, mais je ne trouve aucune réponse définitive. En fait, je découvre que tout est possible; le cancer aurait pu commencer deux mois avant le diagnostic, tout comme il aurait pu déjà être là lors de mon premier rendez-vous avec mon mari.
Pour l’autre moi qui s’inquiète, cela signifie que je dois continuer à m’inquiéter. Je pourrai arrêter de m’inquiéter seulement lorsque j’aurais trouvé la réponse.

Puis arrive un état d’épuisement, ce qui m’aide à arrêter de cogiter.
Le lendemain, au travail, mes soucis sont de retour, en pleine forme.

Je discute avec une amie dans la salle de pause. Elle me connaît assez bien pour savoir quand je ne vais pas bien. Alors, elle me demande ce qui se passe. Et je lui raconte tout. Tout ce qui concerne le Terrible Syndrome de la Transpiration Nocturne.

Elle ne cligne même pas des yeux. ‘Nicole.’ Me dit-elle, en indiquant la fenêtre par laquelle on voit un soleil éblouissant ‘Il fait 36 degrés dehors. Bien sûr qu’il transpire. Nous transpirons tous’. Elle sourit gentiment, mais elle sait que je suis un peu folle. (C’est la beauté de mes amitiés, elles m’aiment malgré tout.)

Je la regarde fixement pendant un moment, l’autre moi, la folle, essayant de trouver un contre-argument plausible.

‘Mais il ne transpirait pas comme ça lorsqu’il faisait sa chimio.’

‘C’était l’hiver.’

‘Ouais, je suppose que tu as raison …’ L’inquiète en moi n’est pas convaincue, mais est à court d’arguments. Mon côté fort, courageux ,et sûr de moi commence à reprendre le dessus.

‘Bien sûr, tu as raison. A quoi pouvais-je penser? ‘Je lui réponds, le soulagement revenant en moi comme la lumière dans mon tunnel sombre de désespoir. (C’est un peu comme un carrousel.)

Maintenant, je me sens bête. Ca fait quand même deux jours que je suis plongée dans ce souci!

‘En plus’  j’ajoute, ‘il mange bien, a des tonnes d’énergie et il aime l’école … ‘ Mon amie sourit, elle a gagné cette bataille.

Je repense à Elliot à l’école. Puis la pensée grandit. Juste une lueur, dans un premier temps, qui fait son chemin dans mon esprit … L’autre jour, à l’école, je le regardais courir pendant la récréation et j’ai remarqué qu’il ne court pas aussi vite que les autres enfants !

Panique à bord!

J’en parle, comme par hasard, à mon amie.

‘Il est resté inactif pendant un an.’ dit-elle. ‘et n’as-tu pas dit que l’un des médicaments de chimiothérapie pourrait affecter ses nerfs et ses réflexes, et qu’il faudrait du temps pour récupérer?’

Je l’écoute, mais l’autre moi a hâte de retourner sur internet pour rechercher  ‘récidive du cancer’ et ‘vitesse de course’… Ou peut-être ‘ tumeur de Wilms’ et ‘à-quelle-vitesse-courent-les-enfants-normaux’ ….ou peut-être … …

Alors, voilà. J’ai décidé de mettre un terme une fois pour toutes à ces inquiétudes paralysantes. J’ai trouvé une stratégie.

Le concept de base est le suivant: quand je m’inquiète, je vais classer mes soucis dans l’une des deux catégories suivantes: constructives ou non constructives. La catégorie ‘constructive’ comprend les soucis qui peuvent réellement conduire à une sorte d’action: par exemple, je suis au volant et j’ai peur de manquer d’essence, parce que le voyant clignote, donc je me rends à une station d’essence. (Ce qui, soit dit en passant, m’arrive rarement, vu que Martin contrôle si bien la situation que nos voitures sont rarement en dessous du ¼. N’est-il pas extra? Ou peut-être qu’il sait que je n’ai bizarrement pas peur de tenter ma chance vu que ‘c’est en descente la plupart du temps’?)

La catégorie des soucis non-constructifs comprendrait des situations impossibles à résoudre ; le genre de situation qui entretient mon désir d’analyser, d’étudier et de méditer, sans qu’aucune solution ou action soit possible. Par exemple, lorsque je considère la possibilité que l’équipe d’oncologues et de spécialistes qui supervisent le cas d’Elliot pourrait, au cours de leurs réunions hebdomadaires, rire et jeter les dés pour déterminer quelle chimio donner à Elliot cette semaine. Il est, après tout, inutile, de me soucier de savoir si le dernier oncologue que nous avons vu, qui a plus de 30 ans d’expérience dans ce domaine, n’a peut-être pas toutes les informations sur le cas d’Elliot que j’ai pu trouver sur internet. A un moment donné je dois décider de faire confiance à ces gars. Et leur confier la vie de mon petit garçon.

Voilà donc ma stratégie anti-soucis. Je vous tiendrai au courant de la suite. Peut-être devrai-je également m’interdire toute recherche internet, tel un casino qui interdit les joueurs compulsifs?

 

Les émotions.

Comment te sens-tu?

J’entends souvent cette question. Comment tu te sens? Comment ça va? Comment tiens-tu le coup?

C’est rassurant de savoir que les gens se soucient de moi. Mais c’est aussi tellement difficile de répondre. L’éventail d’émotions en moi peut être très vaste. Parfois, je ne suis même pas sûre de savoir comment je me sens.

Je ne pense pas que je pourrai revenir à ce que je ressentais « avant ». Même quand tout va bien pour Elliot, il y a un sentiment que je n’arrive pas à récupérer: l’insouciance. Ce sentiment a quitté le bateau.

Il y a un sentiment qui est constant et je pense que de nombreux habitants de la planète cancer pourront le reconnaître. Parfois,  ce n’est qu’un faible susurrement dans le fond de votre esprit, d’autres fois c’est un grognement énorme qui vous submerge. C’est difficile de lui trouver un nom, c’est un sentiment que je n’ai jamais ressenti auparavant. Mais la meilleure façon de le décrire est un croisement entre la colère et la peur. Ces deux sentiments se rallient pour donner un sentiment accablant … Nous pourrions l’appeler colpeur.

Mais ce ne sont  pas seulement de la colère et de la peur ordinaires, c’est une rage absolue et une terreur écrasante tout en un. Ça, c’est la colpeur.

C’est ce que vous ressentez quand vous pensez aux Pourquoi. Et aux ‘Si’. Ça passe bien avec une portion de ‘Ce n’est pas juste.’ (Ou toute autre phrase que vous jugerez nécessaire).

Une autre émotion étrange ressentie depuis le début de cette aventure cancer s’appelle le souspoir. C’est un mélange de soucis et d’espoir. C’est comme jongler avec dix épées tranchantes, assise sur un monocycle, sur une corde raide, qui est peut-être au-dessus d’un filet … Personne ne veut vraiment partager vos moments de souspoir, il est donc préférable de le garder pour vous.

Oh, et puis il y a cette sensation merveilleuse, l’Epuixiété : une anxiété écrasante, mélangée avec un épuisement absolu, qui survient, généralement, environ trois heures avant de pouvoir vraiment aller au lit. C’est particulièrement aigü les jours avant un scan ou une IRM. Toute personne ayant à faire avec une personne ressentant de l’Epuixiété est susceptible de se faire très mal recevoir.

Oh, mais attendez ; un de mes sentiments préférés est l’impacrainticipation, pas vous? C’est un merveilleux cocktail d’impatience, de crainte et d’anticipation qui apparaît en attendant les résultats des tests, en attendant de voir l’oncologue, en attendant la chimio, en attendant  un scan, attendre, attendre, attendre …

Et puis il y a une dose occasionnelle de folvosité, une fusion de nervosité et de folie qui frappe souvent tout d’un coup, par exemple juste après que votre enfant ait renversé le plateau de médicaments en essayant d’échapper à l’infirmière, et qu’il faut tout recommencer, et vous êtes submergé par un rire tout à fait inapproprié.

Sans oublier le Pardoccupes-toi-de-tes-oignons, souvent ressenti en public lorsque les gens vous regardent. Je l’ai ressenti lors d’un arrêt rapide à l’épicerie après une journée de chimio quand Elliot a fait une crise de nerfs parce qu’il voulait un jouet. C’est un mélange d’apitoiement sur soi-même et le souhait de dire aux gens exactement ce qu’ils peuvent faire de leurs conseils aux parents.

Mais le plus beau, je suppose, c’est le Soulagrin, un panachage de soulagement, quand vous obtenez finalement de bons résultats, et le chagrin  de concéder que votre vie ne sera plus jamais la même.